Oups ! J'ai enfreint la tradition de la critique du vendredi ! J'étais en vadrouille à cause de la grève étudiante qui sévit en ce moment par chez moi... Mais pour me faire pardonner, aujourd'hui je vous parle de deux livres que j'ai lus la semaine dernière ! 

Comme les mamans ont toujours raison, j'ai emprunté à la bibliothèque La faute de goût de Caroline Lunoir, sur un conseil de ma mère.

9782742799503


Quatrième de couverture

Fresque miniature d’un 15 août dans une demeure familiale de la bourgeoisie traditionnelle où transparaît le portrait d’une génération qu’aucune révolte ne consume et qui pose sur le monde un regard lucide et désabusé.

"Je reviendrai. Dans un mois ou dans un an, sans raison ou pour un mariage, suppliée par ma mère, contrite ou heureuse d’être là, pour une réunion de famille ou pour un enterrement. Je reviendrai vérifier qui ils sont. Je débarquerai pour soigner un malaise, une solitude, et en récolter d’autres. Je poserai mes valises, je ne reste pas longtemps, hein, juste quelques jours, pour les écouter, pour les regarder vivre. Et je prendrai mon train, attendrie, agacée ou sombre. Un jour, mon dernier jour ici, je serai confusément atterrée de n’avoir pas su retenir des bribes de leurs vies pour ne pas qu’elles passent, sans bruit."


Mon avis

Une très bonne surprise que ce petit livre d'une centaine de pages ! La lecture est fluide et rapide, on se laisse vite emporter dans le monde de la narratrice, dans cette maison familiale où on a tous passé nos vacances, entouré de nos tantes, oncles, cousins, cousines et autres grands-parents. Derrière ce qui semble être un banal récit du quotidien se tisse une satire des moeurs bourgeois et de la famille dans sa forme la plus traditionnelle. Du cousin séduisant et séducteur aux grands-tantes commères, en passant par les oncles effacés et la soeur mère-poule, tous les stéréotypes familiaux sont présents, et on est forcé de se reconnaître quelque part. 
La faute de goût a été, pour moi, une lecture très agréable. C'est un livre qui s'apprécie avec une tasse de thé ou bien installé dans un fauteuil de bibliothèque par un après-midi neigeux. Même si ce premier roman de Caroline Lunoir semble parfois présenter un style d'écriture un peu trop travaillé, il constitue un roman doux et léger à dévorer pour se transporter, l'espace de quelques heures, dans nos souvenirs des semaines du 15 août.

 


 

 

Comme ce roman n'a tenu que quelques heures entre mes mains, j'ai continué dans ma lancée avec un autre petit livre sur lequel je suis tombée par hasard lors de mes promenades entre les rangées interminables de la bibliothèque : Brûlées d'Elsa Sfartman.

 

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Quatrième de couverture

Brûlées, ces nouvelles le sont, à bien des égards. A l'instar de leurs personnages: en quête d'eux-mêmes, ils se brûlent les ailes à trop vouloir approcher le soleil. A l'image des histoires qu'elles racontent, consumées d'une ardente flamme. Brûlées, enfin, comme tout ce qui vit et meurt dans l'incandescence du verbe. Les maux écrits deviennent les cris donnés à entendre, donnés à lire. Ici interviennent monstres, parias, pauvres diables que la Nature, en son sommeil, a formés dans un encrier. Ici se mêlent fous, amoureux, passionnés, ce qui revient au même finalement. Dans un bestiaire de vies plurielles, hachées, l'autobiographie pointe son doigt parfois menaçant, parfois bienveillant. L'auteure nous emporte, dans son sillage, à la recherche d'une durée, à tout jamais perdue. Deux retouches de mythes grecs viennent compléter cette fresque de toutes les déraisons humaines. Des nouvelles dont le vocabulaire foisonnant consumera le lecteur épris de mots, et pas seulement pour leur signification. On lui demandera de les lire à haute voix, pour lui et pour les autres, afin de rendre pleine justice à certains passages où, de l'aveu même de l'auteure, le fond ne se peut révéler que dans une forme particulièrement travaillée.


Mon avis

Ce recueil de nouvelles m'a quelque peu laissée dubitative. La quatrième de couverture m'avait beaucoup attirée, probablement à cause du mystère qu'elle évoque et des mots bien choisis. Les mots prennent en effet une place primordiale dans ce livre, puisqu'ils dansent gracieusement sur le papier et satisferont tous les amoureux de la langue française et de ses multiples beautés. Cependant, les nouvelles sont très courtes, peut-être même trop, ce qui m'a laissée sur une impression d'inachevé, un sentiment de frustration dû aux chutes laissées en suspens. La lecture a été un peu difficile, à cause de l'absence de personnages concrets, remplacés presque uniquement par des pronoms vagues, ce qui ne m'a pas permis de visualiser correctement les intrigues ni de m'identifier aux récits. La plupart de ces nouvelles ont dessiné en moi beaucoup de perplexité, j'ai eu beaucoup de mal à saisir leur sens. Je pense que Brûlées ne convient pas à un public avide d'histoires structurées, car il n'y a pas de fil conducteur. C'est un livre que j'ai trouvé assez difficile d'accès et qui se lit avant tout pour la beauté et la diversité des mots qui le composent, plus pour le côté esthétique de la langue que pour les histoires. Cependant, il se lit assez rapidement et je le conseillerai aux lecteurs plus avisés qui aimeraient se perdre dans les méandres de notre belle langue.