Ces derniers temps, la bibliothèque est devenue mon lieu de prédilection. J'aime m'y promener, m'attarder entre les longues rangées de livres, explorer tous les étages, et surtout y faire de belles rencontres littéraires. Mercredi, j'avais deux heures à tuer entre deux rendez-vous, je suis donc allée voir si quelques livres de ma liste à lire y étaient disponibles. Comme souvent, la plupart des titres que je cherchais étaient soit déjà prêtés, soit en commande. Un peu frustrée de n'avoir pas trouvé ce que je cherchais, j'ai mis la base de données de mon cerveau en route à la recherche de livres ou d'auteurs que j'avais remarqués en parcourant les billets de mes copines blogueuses. C'est là que je me suis souvenue d'Alain Mabanckou, découvert dans le jardin de Natiora. Ne sachant pas trop lequel de ses livres prendre (tous les titres m'attiraient, il fallait bien faire un choix^^), j'ai finalement opté pour Black Bazar.

 

 9782757816394

 

Quatrième de couverture

Parce que le derrière des femmes n'a pas de secrets pour lui, ses copains le surnomment le "fessologue". Au Jip's, le bar où il a ses habitudes, plus rien n'amuse ce dandy congolais, déprimé par un chagrin d'amour. Un jour, déambulant dans Paris, sa curiosité est attisée par une librairie bondée. Il y croisera Louis-Philippe, un écrivain haïtien venu signer ses livres, et qui va bouleverser sa vie...

 

Mon avis

J'ai beaucoup aimé lire ces brèves de comptoir. Dans Black Bazar, on ne connaît pas le nom des personnages, notre héros les désigne seulement par leur origine, comme ses amis du Jip's Paul du grand Congo, Yves l'Ivroirien et Pierrot le Blanc, ou par leurs caractéristiques physiques, comme son ex-femme Couleur d'origine qui s'est enfuie avec l'Hybride... J'ai trouvé que cela offrait au lecture une certaine intimité avec les personnages : plusieurs fois j'ai, en effet, eu l'impression de faire partie du cercle de tout ce petit monde. Le récit se déroule à Paris, dans le quartier de Château-Rouge, dans lequel s'est établie une grande communauté africaine. En lisant ce roman, j'ai souvent eu l'impression de me retrouver chez moi. J'ai retrouvé les odeurs familières des salons de coiffure afros et les sons des quartiers bondés, baignés de cet accent chantant à la musicalité particulière.Les personnages qui évoluent dans ce Black Bazar sont incroyablement réalistes et n'échappent pas aux clichés, accentués par l'auteur de façon souvent humoristique : le héros affiche un (mauvais ?) goût prononcé pour les costumes italiens et les chaussures Weston à bouts pointus en peau de croco ou de serpent, les filles parlent fort dans des cabines téléphoniques, comme si le fait de crier rendrait la conversation plus audible pour leur interlocuteur resté au pays, et l'épicier du quartier, "l'Arabe du coin", connaît tout le monde et débite des discours interminables à ses clients. Le réalisme des personnages est tellement poussé qu'on parvient même à entendre leurs accents à la lecture de leurs dialogues.
Le style d'Alain Mabanckou est ce que je qualifierai de populaire, en ce sens qu'il écrit comme il parle. J'ai beaucoup aimé cette façon d'écrire qui nous plonge directement dans l'univers du narrateur et qui nous transmet, du même coup, toute la richesse et la diversité des personnages qu'il côtoie. Alain Mabanckou a donc été pour moi une belle découverte, et je vais très prochainement me pencher sur ses autres titres !